S’il y a bien un sujet qui fait l’unanimité en France, c’est celui-ci : la place d’un enfant se trouve à l’école. Mais pour ceux qui vivent au bord des rocades, dans des squats ou des bidonvilles, sur des terrains défoncés par les pluies, dans des hôtels sociaux ou dans des caravanes, le chemin pour y parvenir est semé d’embuches.

En tant que députée, j’ai souhaité porter à la connaissance des élus et des institutions la très dure réalité que vivent de nombreux enfants précaires en France et les freins à leur scolarisation.

Ces enfants peinent à s’intégrer à l’école ou n’y ont pas accès parce que leur lieu de vie est instable, précaire et expulsable à tout moment. Par ailleurs la pauvreté impacte leur santé, rend difficile leur accès aux transports en commun et les prive de cantine. Nombre de ces enfants se trouvent alors pris dans un schéma de reproduction sociale : ils s’éloignent de l’école, ne réussissent pas à s’extraire de la pauvreté, peinent à s’insérer socialement et peuvent devenir dépendant de l’économie informelle.

Combien sont-ils ?

Selon le Secours Catholique, en 2017, en France, et à 87 % en Île-de-France, près de 40 000 personnes, en majorité des familles, sont hébergées à l’hôtel via le 115. Le « nomadisme forcé » d’hôtel en hôtel rend impossible l’intégration scolaire des enfants. Plus récemment, en décembre 2021, la délégation interministérielle à l’hébergement et à l’accès au logement (DIHAL) a estimé à plus de 22.000 migrants de toutes nationalités les personnes vivant sur le territoire métropolitain, en squats et bidonvilles.

L’absence de statistiques et de recensement fiable est criant. Les dénombrer via une enquête INSEE est l’une des préconisations de ce rapport. Mais il est important déjà d’identifier et de comprendre ces jeunes.

Durant la crise sanitaire, leur situation s’est encore aggravée et le décrochage scolaire s’est accentué, en particulier pour les élèves issus de la communauté des gens du voyage.

Concernant les populations roms, c’est lors du premier confinement, en mars 2020, que j’ai coordonné des actions de soutien scolaire avec des étudiants bénévoles et des médiateurs scolaires dans des hôtels sociaux et dans des bidonvilles à Toulouse. C’est dans ce contexte que le gouvernement m’a confiée une mission en juillet 2021 pour identifier les freins à la scolarité des enfants précaires. J’ai rendu en décembre 2021 un rapport au Premier ministre et au ministre de l’Éducation nationale intitulé « Scolarisation et grande précarité : l’accès à l’éducation pour tous » assorti d’une série de préconisations :

  • Augmenter le nombre de médiateurs scolaires. Ils sont la clé de voute de la réussite. Ils vont sur le terrain et font le lien avec les administrations. Grâce aux médiateurs scolaires, 80% des enfants qui vivent en bidonville sont scolarisés alors qu’ils ne sont que 20% quand le poste de médiateur n’existe pas ;
  • Respecter l’instruction du 25 janvier 2018 visant à la résorption des bidonvilles, en effectuant une évaluation sociale AVANT l’expulsion ; en se préoccupant d’un hébergement en adéquation avec l’école de l’enfant. En travaillant en concertation avec les associations et les ministères de l’Education Nationale et du Logement. Pour chaque famille expulsée, c’est en moyenne 6 mois de déscolarisation et un traumatisme à long terme ;
  • Dispenser des formations sur la grande pauvreté aux agents administratifs et institutionnels pour qu’ils puissent mieux appréhender et accueillir ces publics ;
  • Améliorer l’accès à la cantine, au périscolaire et aux transports ;
  • Renforcer les UPE2A. Les élèves qui ne maîtrisent pas le français sont scolarisés dans des classes d’unités pédagogiques pour élèves allophones arrivants (UPE2A). Le rapport propose une meilleure répartition sur le territoire et une augmentation du nombre d’heures d’enseignement du français.

Le rapport décrit, dans la première partie, des portraits d’enfants mettant ainsi en exergue leur richesse et les difficultés de leurs parcours et de leurs expériences. La deuxième partie est consacrée aux freins et aux obstacles à lever pour permettre aux enfants de s’inscrire à l’école. Enfin, la troisième partie porte sur les conditions à mettre en œuvre pour favoriser la réussite de ces élèves à l’école et leur intégration dans la société.

Je reste convaincue que, comme pour tous les enfants, de beaux parcours scolaires sont possibles lorsque les conditions d’une fréquentation régulière sont réunies.

Sandrine MÖRCH,
Députée de la Haute-Garonne

sandrine.morch@assemblee-nationale.fr

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